La poésie du pissenlit

Levolution-du-pissenlit-a27846935Le pissenlit est comme un petit frère égaré du soleil. Il aime tellement son grand frère qu’il s’est mis à lui ressembler.

Que diriez-vous de mener une existence poétique ? C’est l’expression que Frédéric Lenoir utilise pour parler du réenchantement dans nos vies. Arrêtez-vous sérieusement un instant, et contemplez : la beauté est partout autour de nous, vraiment. La tristesse, c’est d’avoir nié cette beauté et d’avoir laissé le videenvahir nos esprits. Je parle de vide, pourtant jamais nous n’avons eu le cerveau aussi plein. C’est le paradoxe que l’existence que nous menons nous impose, elle déborde de vide. Nous sommes tellement occupés par la recherche de notre efficacité et productivité personnelles que nous nous sommes coupés du tout. Nous avons un cerveau gauche pour rationaliser et un cerveau droit pour ressentir, mais nous avons totalement éclipsé cette dernière partie au profit du cerveau qui fait et produit. C’est le cerveau droit qui met de la joie et de l’enchantement dans notre vie, pas étonnant qu’elle nous paraisse parfois si morne… La nature nous a donné le beau, ce n’est pas pour rien. Souvent nous l’oublions…mais parfois nous y pensons et nous ne voyons que cela : notre univers, notre planète, les continents, les océans, les grandes créations humaines, la beauté est partout autour de nous, et  jusque dans les moindres détails du quotidien. Aujourd’hui je vous propose de faire réémerger le cerveau droit pour commencer à réenchanter nos vies.

Vous n’aurez aucune difficulté à éprouver cette beauté – j’aime le mot poésie – dans un coucher de soleil, sur un monument, dans un livre, dans un tableau, dans une symphonie, dans un poème, ou (peut-être plus hypothétiquement) dans un théorème mathématique…. mais c’est plus difficile de voir que cette beauté se trouve dans toutes les choses du quotidien que nous avons oublié, avec le temps, de contempler. Sur un visage, d’un jeune ou d’un vieillard, sur un chemin de traverse, sur un trottoir, un mur, un bus, sur un simple pissenlit, une poubelle parfois même. A Prague, j’avais photographié des poubelles que je trouvais très belles. Arrêtons-nous et contemplons, mais pour ce faire, il faut être attentif. Nous passons nos journées le nez dans nos baskets ou dans nos téléphones, à courir à droite et à gauche, nous en oublions que nous sommes des êtres doués d’une conscience qui nous donne la capacité de voir et de ressentir le beau à tout instant.

Afin de réenchanter votre vie, commencez déjà par réenchanter votre perception. Le secret, c’est de retrouver l’attention. Je vous propose un petit truc à tester : lorsque vous vous lancez dans une activité, essayez d’y mobiliser tous vos sens. Ce ne sont pas les moments d’exception (comme la vue d’un paysage de Corse ou d’un petit village du Luberon) qui sont importants, ce sont les moments de rien, les petits instants quotidiens. Par exemple, le moment où vous épluchez les patates, celui où vous passez l’aspirateur, quand vous êtes dans le métro, quand vous êtes au rayon des fromages, lorsque vous marchez dans la rue, tous ces moments de vide où c’est l’esprit gauche qui domine. Dans ces moments-là, soyez dans votre activité et laissez aller tous vos sens, l’odorat, le goût, le toucher, la vue, l’ouïe, et vous verrez que vous trouverez poétique d’éplucher des légumes ! C’est une petite discipline bien sûr, pour moi le premier, nous sommes tellement façonnés pour ne plus ressentir… l’esprit gauche tente de reprendre le pouvoir, « c’est moche, ça pue, quel brouhaha » , la tentation de nous couper à nouveau est forte.

Par ailleurs, pour vivre mieux, il faut vivre lentement. Essayez donc de voir à la fin d’une journée combien de temps vous avez passé à vous extasier devant la beauté de la vie qui vous entoure. Quelques minutes ? Souvent, même pas. Je vous propose aujourd’hui de réapprendre à vous arrêter. Le deuxième « truc », c’est donc de réapprendre à vivre lentement, même dans les conditions inadaptées de la vie citadine. Le secret c’est de vous arrêter régulièrement dans une journée, et de contempler, où vous voulez, dans la rue, dans le métro, aux toilettes, dans les endroits incongrus, quelques minutes. Il s’agit bien sûr de vous arrêter quelques minutes, si vous ne voulez pas finir interné !

Frédéric Lenoir racontait cette jolie histoire : un ethnologue passait une journée entière à marcher avec une tribu d’aborigènes. Régulièrement, il voyait le groupe s’arrêter et rester fixement pendant plusieurs minutes puis repartir. A la fin de la journée il demanda au chef « Pourquoi vous êtes vous arrêtés plusieurs fois dans la journée ? j’ai bien regardé mais je n’ai pas vu ce que vous voyiez… ». Le chef de la tribu lui répondit « Nous nous sommes arrêtés parce que c’est notre âme qui nous l’a demandé, c’est elle qui a vu quelque chose… »

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