Cinquième principe : rien ni personne n’est illustre

Elever-un-adolescent-entre-autorite-et-liberte_article_mainPour trouver le chemin du bonheur,  je pense qu’il est important de se libérer du besoin – et du confort – de se conformer à des personnalités illustres, à des modèles, qui ne font que nous présenter des miroirs de ce que nous voudrions être, de simples reflets de désirs inaccessibles. Cette quête vers un idéal, idéal donc inatteignable, engendre en nous des conflits qui épuisent notre énergie. Nous allons naturellement chercher à l’extérieur – chez l’autre, le « Divin » – les clés de nos succès, parce que cette stratégie est rassurante et plus facile… alors que la clé de la réussite, c’est celle qui ouvre notre porte intérieure, notre porte intime. La liberté de choisir, sa vie, son emploi, sa condition, commence au moment même où nous réussissons à nous libérer du conditionnement et des chaines que nous attache notre société à chaque instant – par la voie de l’école, de la famille, de notre corporation, de nos amis – et par conséquent des représentants de ces institutions, les personnalités illustres. Cette libération commence par reprendre la liberté de penser dans le moment présent, libéré des chaines de la pensée passée, de la pensée « adaptée » et conditionnée. Faites attention et vous verrez que la plupart du temps, vous n’êtes pas libres de vos pensées, elles sont exclusivement conditionnées par ce que vous avez entendu ou lu, c’est cela la « machine à réfléchir » qui tourne en boucle dans nos têtes et nous cause du souci.

Nous donnons le pouvoir et l’autorité aux autres en permanence. Pensons aux « personnes illustres » du quotidien : au médecin qui nous soigne, au professeur qui nous enseigne, au gendarme qui nous protège, à tout représentant de son institution. Nous dépendons de ces personnes, mais nous sommes aveuglés et nous ne savons pas discerner. Car dans notre société où l’on essaie de réduire l’imprévisible, l’expert sait, il écrase tout, il domine tout. Nous mettons notre existence et notre conscience dans les mains de ceux qui « savent », nous les écoutons, alors que vous voyez que les uns prêchent des choses contredites par les autres. Aucun ne détient la vérité absolue, car elle est au fond de nous. Donnons à notre autorité intérieure le pouvoir, de penser par nous-mêmes, de prendre l’initiative, de créer.

Certaines personnes illustres nous offrent parfois de grandes opportunités d’éveil quand elles « se trompent »…ces contre-exemples sont d’une grande valeur, car ils nous montrent, parfois abruptement, qu’aucune figure d’autorité ne devrait pouvoir prendre le pouvoir sur nous, que nous sommes tous imparfaits quel que soit notre nom, et que rien ni personne ne détient une vérité plus sérieuse qu’une autre. Je pense à un forum auquel je participais la semaine dernière à Paris, plusieurs « orateurs illustres » y étaient présents, parmi eux Pierre Rabhi. Invité à échanger sur « l’évolution de la conscience dans notre monde », il a surpris son monde par une vision très en décalage par rapport à un public pourtant acquis à sa cause. Malgré ce coup de sang, peu sont ceux qui ont osé le remettre en question, et se demander si ses paroles étaient ajustées. On aurait pourtant bien vite lynché une autre personne s’il ne s’était agi de Pierre Rabhi. C’est précisément dans ces moments-là que nous avons la chance de réaliser, si nous sommes vigilants, que nous sommes la plupart du temps conditionnés par ces figures d’autorité, mais voyons-nous réellement à quel point nous sommes aveuglés ? Est-ce que nous réalisons que presque chacun de nos comportements quotidiens est complètement conditionné par ces autorités ?

Tuer l’autorité, c’est ce que préconise Krishnamurti, le philosophe indien, dans tous ses ouvrages. Il nous demande de ne céder à aucune autorité psychologique : religion, secte, ordre social, gourou… Non sans une certaine contradiction, car il adopte lui-même un ton très autoritaire dans ses ouvrages, et il est devenu au fil du temps une sorte de « modèle » de sagesse pour des millions de personnes… Tuer l’autorité est d’une certaine façon un concept freudien, qui se rapproche de tuer le père. Je pense pour ma part que le mot « tuer » n’est pas approprié, la violence de la coupure avec le monde serait immense et inadaptée, je ne pense pas qu’il faille tuer qui ou quoi que ce soit, l’important c’est de rester éveillé et vigilant à chaque instant, même face aux plus « hautes autorités ». Car personne ne sait tout, aucune vérité ne se trouve réellement ailleurs qu’à l’intérieur de nous, c’est elle qui importe. Le plus important est de pouvoir discerner. Rien ne nous empêche de ressentir du respect devant tel ou tel comportement, devant telle ou telle personne, mais ce respect ne doit pas se transformer en conformité absolue, l’important c’est de regarder, puis surtout de rebondir et de bâtir.

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