L’esprit du temps

Abstract background of beautiful color smoke waves.Il est des périodes qui nous interpellent plus particulièrement, qui nous indignent parfois, qui font ressortir chez nous les instincts les plus primaires ou les plus violents. Des périodes où l’on se sent déprimé, où l’on pense que, décidément, le monde ne va pas dans la bonne direction, que c’était tellement mieux avant, que la coupe est pleine, qu’il faut agir sans plus tarder. Des époques où notre état d’esprit nous amène à tout vouloir bousculer brutalement, à vouloir casser un ordre établi, quel qu’il soit.

Alors on parle autour de soi et on se rend compte que d’autres ont les mêmes sentiments, qu’eux aussi se sentent mal, qu’eux aussi s’indignent. Il y a une espèce de résonance entre toutes ces personnes, et elle est particulièrement évidente à notre époque, car tout va vite. On s’alimente les uns les autres à une vitesse inédite, c’est comme si le temps lui-même se réduisait comme peau de chagrin, les réseaux sociaux permettant à tout un chacun de transmettre cette résonance en quelques instants, là où elle prenait des jours voire des mois auparavant. Je pense à ces millions de personnes devant leur téléviseur ou leur écran d’ordinateur qui s’étranglent à chaque instant, pris dans une sorte d’obsession collective.

Ce sentiment généralisé, Carl Gustav Jung l’appelait l’esprit du temps. Comme si à un niveau plus élevé et global, un état d’esprit hantait nos âmes individuelles. Cet esprit du temps est une partie de l’inconscient collectif, la somme de toutes les expériences que les peuples ont pu faire depuis plusieurs milliers d’années : guerres, paix, révolutions, traumatismes, créations, découvertes incroyables…c’est la somme de toutes nos émotions collectives. On pourrait aussi appeler cela l’âme d’un peuple. Chaque inconscient collectif prend part à un inconscient collectif plus global, à la manière d’une poupée gigogne, et l’inconscient collectif de l’humanité est la poupée la plus grande. Ainsi vont par exemple l’inconscient collectif des Corses, celui des Français, celui des Occidentaux, celui du Monde… A la manière d’un volcan, ces expériences historiques sont soit particulièrement actives, soit somnolentes ou dormantes. En somme, l’inconscient collectif ressemble à l’inconscient individuel : il influence à tout instant, de manière plus ou moins subtile, au gré des événements, beaucoup de nos actes et de nos émotions.

Alors, la tentation est toujours grande dans ces moments de se laisser aller à nos sentiments les plus instinctifs : la fuite ou la défense par l’attaque. Ainsi naissent les périodes de conflit ou de chaos, comme nous vivons actuellement. Il existe pourtant une autre voie : elle passe tout d’abord par la reconnaissance de cet esprit du temps, et, sans le nier, par la décision de ne pas le laisser nous avaler, et de ne pas l’alimenter. Concrètement, sachons prendre du recul, dans nos échanges quotidiens avec nos proches, et ne tombons pas dans le piège de la tentation de l’obsession que nous présentent à chaque instant télévision et internet. Il n’y a pas plus d’urgence aujourd’hui qu’il y a quelques mois ou quelques années : il y a des événements tristes certes, mais ils ne justifient pas plus de réaction violente que des milliers d’autres événements qui jalonnent l’histoire humaine.

Aujourd’hui, la chance que nous avons, c’est justement cet inconscient collectif et notre pouvoir d’influence. Maintenant nous savons, et nous sommes tous responsables : si la majorité de nous décidons de ne pas accorder plus d’importance à cet « air du temps » qu’il n’en a, alors il passera son chemin, comme une brise, et nous nous dirigerons vers d’autres émotions collectives plus créatives.

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