Être Soi-même

stockvault-freedom118151Il y a quelques jours, je parlais d’un élément à mon sens fondamental pour une vie heureuse et riche en développement, c’est notre attitude vis-à-vis des événements et de nos expériences de vie. Nous pouvons en effet voir les difficultés qui semblent s’accumuler via le seul prisme de l’inconfort, de la souffrance, voire même pour certains d’un danger à éviter à tout prix. Cette attitude de méfiance face à la vie est dommageable : d’une part, elle déprécie les « bons » moments, car nous avons toujours en tête l’imminence de mauvais moments à venir; d’autre part, elle nous plombe intégralement lorsque, inévitablement, des expériences désagréables se présentent à nous. C’est alors la descente aux enfers.

De l’ouverture au recroquevillement

Qui que nous soyons, nous passons par des stades de vie en spirale, qui oscillent du haut vers le bas, et donnent l’impression que nous avançons puis nous reculons. Certains parlent même de régression. En fait, s’il y a un retour en arrière, il procède toujours d’une petite avancée, même imperceptible, mais bien sûr quand nous sommes « en plein dedans » c’est l’impression de régression qui prévaut. Nous revivons des expériences douloureuses qui donnent l’impression de se répéter à l’identique, mais si nous sommes attentifs et que nous décidons qu’elles arrivent exactement au bon moment, qu’elles sont des invitations à une transformation bienvenue, cela change tout. Et, qui n’a pas vécu des périodes fastes où tout nous sourit ? Dans ces moments-là, nous sommes en alignement parfait avec notre Soi intime. Qu’est-ce que le Soi ? Il s’agit d’un état d’être juste, notre identité profonde, débarrassée des étiquettes et des masques que la convention et nous-mêmes nous sommes infligés. Quand nous sommes dans le Soi, nous ressentons la plénitude, un accord parfait avec les gens et la nature. Tout va bien, tout nous semble facile.

Certains moments, au contraire de l’ouverture, nous amènent à nous recroqueviller, rien ne va plus, parfois c’est même la bérézina ! C’est comme si le sort et les autres s’acharnaient sur nous. Cela entraîne beaucoup de souffrance personnelle, jusqu’au vide existentiel que Frankl a décrit. Ces moments-là sont pourtant les plus utiles, ce sont les moments d’intégration : il faut voir les moments de sérénité comme les récompenses du travail qui a lieu pendant les moments difficiles. Lorsqu’on perçoit ces événements comme source de progrès, on les vit plus facilement. Et pourtant, nous organisons notre vie pour les éviter à tout prix, comme si nous voulions ces bons moments sans avoir à faire de travail en amont. Nous avons même organisé nos sociétés occidentales pour minimiser tout désagrément et maximiser le confort, mais il n’est que façade ! Et tout nous revient dans la face régulièrement, jusqu’à ce que nous ayons compris enfin.

Accéder à notre Soi

C’est le travail d’une vie disait Jung ! C’est vrai et en même temps, nous pouvons y accéder de plus en plus souvent si nous faisons attention et si nous prenons conscience des choses. L’humanité dans sa globalité prend de plus en plus conscience des choses, c’est la voie de l’évolution en général : nous sommes passés d’êtres primitifs à la conscience limitée à des être doués d’une conscience en développement constant, nous prenons conscience de l’infiniment petit grâce à la physique quantique, de l’infiniment grand et de l’histoire de l’univers grâce à l’astrophysique, la biologie et la médecine nous permettent de comprendre la vie, nous prenons conscience de ce qui est éthique ou ne l’est pas, et l’art, en se nourrissant de l’art passé, repousse de plus en plus ses propres limites. Bien sûr nous prenons aussi conscience de ce qui se passe dans notre inconscient par l’introspection psychologique, philosophique et spirituelle, et ainsi nous rendons conscient ce qui était inconscient, c’est l’objectif de la psychothérapie mais aussi des religions et sagesses.

Et à notre niveau individuel alors ? Deviens ce que tu es, disait Nietsche. Pour accéder au Soi, pas d’autre chemin que de prendre conscience nous aussi. A notre niveau, cela veut dire prendre conscience du masque social que nous avons emprunté : il couvre les rôles que nous jouons jour après jour, d’avocat ou de jardinier, de père ou de mère, d’enfant blessé, d’homosexuel, de riche, de pauvre, de juif, ou d’arabe, de blanc ou de noir… mais ce masque n’est en fait qu’une coquille que nous avons remplie et continuons de remplir au gré de notre besoin de nous réaliser en nous collant une étiquette. Derrière tout cela, il y a des vraies personnes, des êtres universels, tous les mêmes, et qui rêvent de la même chose.

Commençons donc par nous débarrasser de ce masque, en étant attentif d’éviter de coller une étiquette jour après jour sur tout ce (et tous ceux) que l’on rencontre. L’étiquetage passe par le jugement : c’est bien ou c’est mal, c’est noir ou c’est blanc. On a appris à faire cela devant l’inconnu, et c’est sans doute notre plus puissant mécanisme de défense psychologique. Pourtant à chaque fois que nous jugeons, c’est une invitation à ajuster quelque chose ! Le Soi, c’est notre identité profonde, débarrassée des étiquettes et des masques que la convention et nous-mêmes nous sommes infligés.

Il existe également d’autre moyens indirects et symboliques d’accéder au Soi, notamment par les états modifiés de conscience, comme en hypnose humaniste ou en interprétant les rêves qui ont beaucoup de choses à nous dire. Au lieu d’utiliser le mental pour contacter notre intimité, on utilise des moyens détournés et compréhensibles par l’inconscient. Mais bien sûr, il faut lui faire confiance !

Par ce chemin qui nous est unique, nous accéderons de plus en plus souvent à notre Soi intime, et nous multiplierons ces moments magiques, ces moments d’ouverture.